extrait du livre "Le grand voyage".
Dans les camps nazis, les Témoins de Jéhovah ou Bibelforscher, puisque
telle était leur dénomination officielle, portaient un triangle
d'identification violet. Ils étaient internés parce qu'ils refusaient
d'accomplir leur service militaire et de prêter serment au drapeau
allemand.
A Buchenwald, les Témoins de Jéhovah avaient été particulièrement
persécutés. Au début, ils étaient versés d'office dans les compagnies
disciplinaires. A plusieurs reprises, le commandement S.S. essaya de leur
faire abjurer leurs principes.
En septembre 1939, par exemple, peu de jours après le commencement de la
guerre, ils furent tous rassemblés sur la place d'appel et le commandant
S.S. leur annonça que si l'un d'eux, ne fût-ce que l'un d'entre eux,
refusait de s'engager dans l'armée, ils seraient tous fusillés.
Deux compagnies de S.S. sur le pied de guerre entouraient les Témoins de Jéhovah. Mais pas un seul d'entre eux n'accepta de se battre pour l'Allemagne. Finalement, ils furent rossés et dépouillés de leurs derniers biens personnels, mais le commandement S.S. ne mit pas sa menace à exécution.
Témoignages
Jorge Semprun

Né le 10 décembre 1923 à Madrid.
En 1937, pendant la guerre d'Espagne, sa famille s'exile en France. A Paris, il suit sa scolarité puis étudie la philosophie à la Sorbonne.
En 1941, il adhère à l'organisation communiste de la Résistance des Francs Tireurs et Partisans puis en 1942, il entre au parti communiste espagnol.
En 1943, il est arrêté par la Gestapo et envoyé au camp de concentration de Buchenwald.
Il rentre à Paris en 1945.
A partir de 1953, il coordonne les activités clandestines de résistance au régime de Franco au nom du Comité Central du parti communiste espagnol en exil puis il entre au Comité Central et au bureau politique.
De 1957 à 1962, il anime le travail clandestin du parti communiste dans l'Espagne de Franco sous le pseudonyme de Frederico Sanchez.
En 1963, il reçoit le prix Formentor pour "Le grand voyage".
En 1964, il est exclu du parti en raison de divergences sur la ligne du parti. Il se consacre alors à son travail d'écrivain et de scénariste.
En 1969, il reçoit le prix Fémina pour "La deuxième mort de Ramon Mercader".
De 1988 à 1991, il est Ministre de la culture du Gouvernement espagnol.
En 1994, il reçoit le Prix de la Paix des Editeurs et Libraires allemands.
Le Prix Fémina Vacaresco 1994 et le Prix Littéraire des Droits de l'Homme 1995 lui ont été décernés pour L'écriture ou la vie. il a également reçu le prix de la ville de Weimar en 1995 et le prix Nonino (Italie) en 1999.
Il est élu à l'Académie Goncourt en 1996.